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D'après une intervention de Stéphane Cordobes, pour POUSH Talks x Manifesto, Regards croisés sur la montagne le 24 juin 2025, dans le cadre de l’exposition Les bords de la terre, Aubervilliers, POUSH. Photo : © Cordobes, Gergovie 2022

LA MONTAGNE SENTINELLE DU CHANGEMENT GLOBAL

Gergovie, décembre 22

Le changement global n’est pas une crise parmi d’autres. Il bouleverse nos manières d’habiter, déstabilise les modes de vie hérités de la modernité et affecte nos repères, nos attachements, nos régimes d’action. Tous nos rapports au monde sont embarqués : à la géosphère, à la biosphère, à la sociosphère, à la noosphère, mais aussi à la phainosphère – la sphère des formes sensibles, des manières de percevoir et de composer le monde habitable. Dans ce contexte, il est impossible de penser une réorientation écologique des territoires sans intégrer cette dimension sensible, trop longtemps reléguée au second plan.

La montagne occupe une place singulière face à ce basculement : celle de sentinelle. Elle rend visibles l’effondrement des certitudes modernes à travers le recul des glaciers, la fonte du permafrost, les glissements de terrain, les sécheresses, les tensions autour de l’eau, la fragilisation du pastoralisme ou encore la perte d’attractivité touristique. En montagne, les effets du changement global se manifestent plus tôt et plus brutalement : infrastructures fragilisées, ingénierie dépassée, ressources qui s’épuisent, modèles touristiques et agricoles qui ne tiennent plus. La montagne révèle ainsi l’inadéquation de nos cadres d’action : le projet moderne d’aménagement, fondé sur la maîtrise technique et l’exploitation des ressources, n’est plus opérant. Elle oblige à reconnaître la nécessité de transformer en profondeur nos manières d’habiter.

La montagne, une sentinelle qui rend visible le changement global et nous trouble

Ce basculement n’est pas seulement scientifique ou technique. Il génère un trouble, au sens où l’entend Donna Haraway : une mise en question simultanée de nos régimes de savoir et de sensibilité. Pour les habitants, ce trouble est vécu en situation : perte d’habitabilité, transformation des saisons, disparition de repères, renoncement à des pratiques ancrées. À l’échelle du foyer ou du village, ils éprouvent le bouleversement du monde qui les entoure. Le Plan stratégique d’adaptation au changement climatique du Massif central l’a clairement mis en évidence, à travers les conflits d’usage, les inquiétudes liées à l’eau, les déséquilibres saisonniers ou les mutations agricoles.

Ce trouble peut conduire à la sidération et à l’impossibilité d’agir. Mais il peut aussi devenir un point d’appui : une mise en mouvement, une occasion de recomposer nos manières d’habiter – à condition de le rendre partageable, en prêtant attention non seulement à ce qui disparaît, mais aussi à ce qui émerge et cherche forme.

L’art et la culture sont ici des alliés précieux. Ils donnent visibilité à ce qui ne trouve pas sa place dans les cadres habituels de l’expertise. Ils font apparaître fractures et désajustements, mais aussi vulnérabilités et attachements propres à nos milieux de vie. En forgeant des éprouvés partagés face à ce qui bascule, les pratiques artistiques et culturelles permettent de faire communauté. Elles ne cherchent pas à lisser les conflits, mais à transformer le trouble en énergie de dépassement, en force de création. Elles ouvrent un champ d’expérimentation : celui de ce qu’Ernst Bloch appelait le « pas-encore », ces virtualités latentes qui font du présent un temps inachevé où peuvent surgir des utopies concrètes – des manières de faire et d’habiter à essayer ici et maintenant.

Pour que le trouble ne se réduise pas à une expérience de perte, il faut engager un travail d’enquête et d’attention : ré-ouvrir ce qui compose nos milieux de vie, rendre de nouveau disponibles les relations qui les tissent. La modernité a produit une indisponibilité au monde « naturel », rompant les relations de résonance avec les milieux. Une reterritorialisation devient aujourd’hui nécessaire : retrouver localement une capacité à sentir, écouter, répondre.

Reterritorialiser c’est commencer par opérer un nouveau partage du sensible avec des politiques culturelles de l’habiter

Cette reterritorialisation suppose un nouveau partage du sensible, au sens de Jacques Rancière : reconfigurer ce qui est visible, dicible, représentable. La phainosphère devient un espace de lutte et d’invention, où s’expérimentent des postures d’attention, de soin, de réparation, de maintenance, de solidarité, d’alliance. Il s’agit de redonner place aux attachements, aux interdépendances assumées, aux formes de vie que l’ère industrielle a invisibilisées.

Un tel travail ne peut se déployer sans politiques culturelles. Non pas en reconduisant les politiques sectorisées héritées de la modernité – patrimoine, diffusion artistique, industries culturelles –, mais en pensant la culture au sens anthropologique, comme rapport au monde. Des politiques culturelles de l’habiter viseraient moins à préserver un capital qu’à activer des héritages et à créer des formes nouvelles pour réorienter nos manières de faire territoire. Elles accompagneraient la réinvention conjointe des pratiques d’aménagement, des formes de vie et des modes d’habiter.

L’enjeu n’est plus de considérer l’habiter comme un produit fini – un logement, un territoire attractif – mais comme une œuvre à accomplir collectivement, dans un monde instable et vulnérable. Travailler les attachements présents et futurs, porter attention aux vulnérabilités, régénérer le vivant, inventer des formes de solidarités écologiques : autant de chantiers pour adapter nos territoires de vie au changement global et assurer leur résilience. C’est dans cette perspective que peut émerger, dans le Massif central comme ailleurs, une nouvelle culture commune de l’habiter, soutenue par des politiques culturelles assumant pleinement la dimension sensible et symbolique de la transition écologique.

Posted on 22 mars 2026

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© Stéphane Cordobes 2025MINIMAL

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